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INTERVENTION DE PHILIPPE LESAGE
"Le poids du passé et l'adaptation à l'avenir"



lesage_1.jpgC'est avec grand plaisir que je me retrouve parmi vous aujourd'hui et je remercie tout particulièrement le Président Yves Tardy qui m'a sollicité pour intervenir, lancer le débat et m'interroger avec vous sur l'avenir de notre loisir. Ce n'est pas dans le cadre de la mission qui m'est confiée depuis 1986 par la Fédération en direction des jeunes, ou mes activités pour développer la « classe ouverte », mais l'expérience de très nombreuses manifestations et animations au cours de mes 20 années de vie fédérale qui ont justifié la demande du Président afin que je m'adresse à vous ce jour.

Avant de vous exposer ma réflexion, « La F.F.A.P., le poids du passé et l'adaptation à l'avenir », je tiens à vous dire que je n'ai aucune prétention sur le plan des connaissances philatéliques, que j'ai beaucoup de respect pour votre savoir et vos compétences en ce domaine, et que je n'ai rien à vous apprendre : je suis plus un passionné du loisir philatélique qu'un savant du timbre et de son univers. D'ailleurs, je ne suis pas inquiet sur l'avenir de l'élite de la philatélie, dont je tiens à souligner force et bien-fondé. Je crois que cette élite émergera toujours de la masse des collectionneurs, si cette masse perdure ...

Les effectifs des compétiteurs internationaux et des clients des ventes sur offres n'accusent pas de baisses significatives. En revanche, je suis infiniment plus préoccupé par la situation de la base et des effectifs de nos associations. En 2007, une association fédérée comptait en moyenne 59 adhérents ; il ne faut remonter qu'en 1990, il y a 17 ans, pour que cette moyenne soit du double : 118. Et, face à cette situation, j'affirme qu'il est de notre responsabilité à tous de drainer le grand public aujourd'hui et demain, vers notre passion et nos associations.

Mon but est de vous dire mes observations, mes réflexions, mes projets un peu fous, pour vous bousculer, vous déstabiliser, mais surtout vous encourager. Même si mes propos vous choquent, sachez bien que je ne veux absolument pas casser nos précieuses collections, mais bien au contraire trouver des solutions afin qu'elles ne sombrent pas demain dans l'oubli en n'intéressant plus personne. La F.F.A.P. ne peut pas se contenter de pleurer avec vous, de se lamenter des changements, de regretter le passé, de bouder l'adaptation et l'innovation. On lui reprocherait de ne pas avoir encouragé le changement, de ne pas avoir assisté ceux qui sont en manque d'initiatives, de ne pas avoir entraîné vers l'avenir !... Allez-vous parvenir à concilier notre passion et ses habitudes ancestrales avec un objet patrimonial qui sort très vite du quotidien des nouvelles générations?

Vous l'avez bien compris, je ne vais ni me lamenter sur La Poste, trop de timbres, trop moches, trop de tirages, pas assez de tirages ... ni sur les négociants vendant trop cher et achetant à trop bonmarché ... ni sur les éditeurs de catalogues. Le fil directeur de mon exposé est calqué sur une exclamation du Président Tardy qui nous disait « Il faudra collectionner autrement, il faudra exposer autrement ». Je lui ai répondu « Et si on essayait ? ». J'inverserai simplement l'ordre des propositions pour faciliter le déroulement des idées et commencerai donc par m'interroger sur le concept d'exposition puisque c'est en quelque sorte, la « vitrine de nos activités associatives ».

I - EXPOSER AUTREMENT :
 
La compétition

Commençons tout d'abord par nous interroger sur le sens du concept d'exposition, et je ferai à nouveau référence à une autre citation du Président Tardy « Servir la Fédération ou se servir de la Fédération ».

Il semble juste de penser qu'une exposition devrait être une vitrine, c'est à dire qu'elle donnerait envie au public de venir vers nos associations comme la vitrine d'un magasin donne envie aux clients d'entrer chez le commerçant. Eh bien, permettez moi de penser que ce n'est pas du tout ce que l'on fait dans la majorité des cas: on ne fait pas de différence entre « exposition et compétition ».

La plupart de nos manifestations hébergent les compétitions mais se préoccupent-elles du grand public ? Donne-t-on tout simplement envie de collectionner au grand public qui ignore tout de la philatélie ? S'adresse-t-on de façon accessible à ce grand public qui ne voit plus circuler de timbres sur le courrier ? On souhaite tous la foule dans nos expositions, mais communique-t-on raisonnablement pour séduire le public ?

Il est légitime qu'un adhérent d'association « se serve du système fédéral » pour valoriser sa collection à travers la compétition: c'est l'une des vocations fondamentales de la plupart des fédérations dans le domaine des loisirs. Nos compétiteurs cherchent à obtenir une médaille, la plus prestigieuse possible, et tout naturellement, ils se soumettent aux desideratas des jurés qu'ils cherchent à épater. Le visiteur, aux idées imprécises, pourrait profiter de sa visite de l'exposition pour donner du sens à l'accumulation de timbres qu'il garde peut-être au fond d'un tiroir.

Ce n'est hélas pas avec les démarches complexes de la compétition que le visiteur sera rassuré. On sait bien que, dans les grands salons, la partie consacrée à la compétition est faiblement fréquentée par rapport à l'ensemble de la manifestation. Que les compétiteurs se servent du système fédéral de compétition, c'est bien, mais il faudrait qu'ils contribuent aussi à la démarche de propagande qui devrait être assurée pour essayer de communiquer la passion au grand public.
 
La communication

Dès la phase d'annonce de l'événement, sommes-nous véritablement attractifs ? Les sondages ont montré que le mot « philatélie » ne signifiait plus grand chose aujourd'hui dans le vocabulaire courant. Peut-on être attiré par quelque chose qui n'évoque aucune représentation dans l'esprit ? Pensez-vous qu'une manifestation qui communique dans les rues avec des calicots « Exposition de marcophilie navale » a autant de chance d'attirer des visiteurs qu'une exposition qui serait intitulée « Voyages en mer » et aurait mis en scène quelques maquettes de bateaux, affiches de compagnies maritimes, objets de collection que souvent les passionnés gardent jalousement chez eux, mais que l'on n'expose pas, parce que cela ne correspond pas aux critères de la compétition philatélique.

Séduit et environné par le thème de la mer, le visiteur profane aurait plus facilement été conduit à s'intéresser à la marcophilie navale et ainsi, peut être, à s'engager dans le loisir philatélique. Quand, en juin 2006, La Poste communique sur « 100% voyage : Salon du Timbre et de l'Ecrit » 100.000 visiteurs sont drainés

Quand un panneau publicitaire pour la vente de la Fête du Timbre attire dans la rue le public, avec l'effigie dynamique et colorée de Mickey, est-il logique qu'à l'intérieur de l'exposition, le visiteur ne trouve que quelques cadres garnis de plis anciens aux marques très confidentielles ? Il me semble fondamental d'harmoniser communication, contenu des expositions, et de rendre le tout globalement plus attractif !...
 
La disposition des expositions

Une certaine routine, a hélas figé nos expositions dans une sorte de schéma immuable où l'on aligne de façon austère des cadres, hiérarchisant devant, les collections les plus « belles » et derrière, les plus « ordinaires » aux yeux des spécialistes ... Alors, visitez les musées rénovés, ils ont tous eu recours aujourd'hui à des scénographies repensées et originales. Ils adoptent un cheminement didactique conduisant le visiteur, mettant en scène et rompant les alignements stricts et rébarbatifs, donnant un sens à sa visite. Souvent, les visiteurs non avertis ne comprennent pas les « belles collections » que vous avez placées devant et rebroussent chemin, peut-être définitivement.

Le problème se pose de façon cruciale lors des visites d'inauguration: on s'éternise devant les collections de la cour d'honneur parfois hermétiques révélant indirectement le caractère confidentiel et inaccessible d'une certaine philatélie. On n'a plus le temps d'aller, au fond de la salle, aborder le loisir philatélique à travers des collections simples, dont souvent la portée culturelle est plus évidente que la dimension spéculative. Et évidemment, ceux que l'on guide pour la visite inaugurale sont ceux-là mêmes que l'on a sollicités pour les subventions, en argumentant sur la portée culturelle de notre loisir. Mettons à plat notre démarche de communication, soyons rationnels et tolérants

Citons dans ce sens l'expérience de « Timbres-Passion » à Dole, qui accueillait le public avec les collections de classe ouverte, plus accessibles, conduisant ensuite le visiteur vers les approches plus pointues de la philatélie. Il semblerait que l'effet ait été favorablement appréciable.
 
Repenser le contenu des expositions

Il m'apparaît opportun que nos responsables d'associations mesurent bien les écarts entre l'état d'esprit de la compétition et de ce qui pourrait être réalisé pour attirer le grand public vers un engagement réel dans la collection. Mes propos ici se limiteront à dénoncer quelques paradoxes pour essayer de repenser la notion d'exposition. Qu'est-ce qui, aujourd'hui, est susceptible d'attirer le public vers le timbre ? Sans doute l'aspect artistique, la civilisation de l'image ... Eh bien, aucune classe de la compétition ne s'intéresse à l'approche artistique du timbre...

Le jury cherche la rareté, le profane cherche l' accumulation. Le visiteur ne lit pas les plans de collection dans lesquels le juré cherche la prouesse intellectuelle. Le collectionneur affectionne l'illustration des enveloppes « Premier jour » que le juré fait cacher... En bref, on peut dire que le visiteur qui, par chance, a accumulé quelques timbres, ne verra pas ce qu'il possède en regardant les cadres d'une compétition ... Il ne se retrouvera pas dans le loisir qui lui est présenté là, ne sera pas rassuré et ne se sentira donc pas concerné...

Repensons nos manifestations en ménageant la place de la compétition, mais aussi celle d'une réelle démarche d'exposition assurant une publicité percutante pour notre loisir... et ne se limitant pas à une sorte de musée présentant ce que personne n'aura jamais.
 
Comment le concept d'exposition a-t-il évolué ?

Ces interrogations sur le concept d'exposition m'ont amené à une réflexion personnelle sur ce qu'a été l'évolution des expositions que nous organisons, Trop jeune visiteur à Philatec 1964, j'étais, jeune exposant à Arphila 1975 et Philexfrance 1982, et je me souviens de ce qu'étaient nos grandes expositions mondiales ... Il s'agissait de répliques, à très grande échelle, des petites expositions de nos régions: on y alignait de très nombreux cadres et on y louait des très grands stands à des négociants. Quelques objets agrémentaient à peine... Et ces grands rassemblements suffisaient à faire vivre notre loisir et à assurer sa transmission. Quant à nous, les Associatifs, nous étions complètement en phase avec la notion d'exposition vue par La Poste.

Et puis, il y a eu 1989 et là, tout a changé et nous avons commencé à ne plus être en phase avec ces grands évènements. 1989, c'était le bicentenaire de la Révolution et cela donna lieu à de grandioses célébrations. La Poste a voulu ne pas être en reste, marquer le coup et a réalisé une scénographie imposante pour Philexfrance, et la mise en activité des visiteurs autour de jeux informatiques.

Ensuite, il y a eu le salon de 1994 où La Poste a voulu donner du sens à la visite; la compétition avait dû disparaître pour laisser la place à un parcours d'initiation. Puis, il y a eu 1999, l'apothéose de l'inscription de Philexfrance aux célébrations de l'an 2000 avec tous les délires qui pouvaient y être liés ... la grande scénographie, les grands spectacles, les explosions d'initiatives, les atmosphères festives des plateaux de télévision.

Depuis, même si la fréquence et la surface ne misent plus sur les mêmes données, La Poste avec les Salons biennaux n'a pas lésiné sur les méthodes pour créer l'événement... Agence de création d'évènements reconnue, scénographe de renom, mises en scènes audacieuses, tout est osé pour parvenir à donner au grand public l'image du timbre, support d'un loisir varié, enthousiasmant, moderne, sympathique et surtout accessible à tous. Notre loisir est ainsi imaginé et mis en scène par des non-philatélistes et le marché est décidé également par des personnes qui raisonnent en terme de marketing et non de collectionneurs. Et même si les puristes y perdent leurs repères, ce sont 100.000 visiteurs qui se laissent aller au gré du timbre invitation au voyage, comme en 2006, et présenté dans des caisses d'explorateur vitrées au rythme des danseurs de samba ...
 
Et nous ?

Qu'avons nous changé dans nos expositions philatéliques depuis 1989 pour rester en phase avec les grands salons? Nos expositions dans nos régions sont-elles toujours des répliques miniatures des grands Salons? Je crois qu'il faut reconnaître que nous avons beaucoup de mal à suivre, même si des expériences réussies sont marquées dans nos mémoires: elles n'ont été que ponctuelles et n'ont pas eu d'effet inducteur sur les autres.

Les conclusions de mon bilan ne sont pas pessimistes, mais il faut que le concept évolue rapidement. Trop d'expositions sont encore figées dans un classicisme désuet et austère.

Quelques tentatives scénographiques, quelques jeux, quelques rallyes , quelques animations avec nos moyens de passionnés ... mais aussi des kits d'animation de la Fête du Timbre qui ne sont pas extraits de leur emballage, et pourtant, ils étaient livrés « clefs en main »... Ces fameux kits d'animation qui auraient même, aux dires de certains, un effet dissuasif sur l'organisation de la Fête du Timbre dans la mesure ou leur mise en oeuvre alourdirait l'organisation de la manifestation...

J'ai, hélas, eu trop souvent, l'expérience de ces petites expositions désertes que je n'ai pu m'empêcher de rapprocher des images vécues de la foule du Salon du Timbre et de l'Ecrit en 2006... Cela m'évoque la situation des bourgades de province aux magasins vides et tristes des rues sans vie pendant que la foule s'agglutine dans les grands centres commerciaux des métropoles régionales. On ne peut se résigner et laisser notre loisir disparaître du maillage culturel du pays.

Il faut réagir face à ce fossé: 15 000 enfants passent une journée au Salon du Timbre, enthousiasmés par l'univers du timbre: où trouveront-ils une association proposant des activités ludiques en phase? Des idées géniales, certains en ont: je pense au concept d'animation que Rodophe Pleinfossé met en ouvre en Normandie autour de « l'île aux trésors »... Les familles sont séduites par ces jeux passionnants autour du Timbre: les associations prolongent –elles une telle approche?

Je ne parlerai pas ici de l'évolution de la compétition, mais je m'en tiendrai à vous exhorter à donner un coup de jeune à vos expositions. Il y a quantité d'initiatives que nous pouvons réaliser avec nos propres moyens, et avec des collaborations judicieuses avec d'autres passionnés, comme nous, bénévoles, qui peuvent exposer avec nous, pour mettre en place des scénographies intéressantes. Mais, soyez cohérents, agissez dans un esprit de « marketing » rationnel: cherchez à valoriser la portée culturelle universelle du patrimoine philatélique ...

Si vous sollicitez la collaboration d'ornithologues, de minéralogistes ou de mycologues, c'est parce que vous présentez des collections thématiques, de classe ouverte ou de maximaphilie, sur les oiseaux, les minéraux ou les champignons...

Vous organisez avec succès des salons de collectionneurs vers lesquels vous drainez des centaines de visiteurs passionnés, mais le plus souvent, vous vous contentez de louer des tables aux négociants, sans presque jamais réserver une place pour une exposition. Donner envie de construire quelque chose avec ce que les passionnés amassent: c'est là l'enjeu de notre avenir. Soyez conscients de la force que nous avons de savoir construire des collections organisées, à l'inverse de beaucoup de collectionneurs qui n'ont pas ces compétences. Il faut profiter de cet atout ...

Le Président Tardy se plaît à dire que « La passion, c'est nous ». Il a raison, les objectifs de La Poste et des négociants ne sont pas les mêmes: ils sont commerciaux ... Ce sont des partenaires qui peuvent, certes, nous aider, mais le développement de la passion du timbre, c'est notre affaire. « Faites-vous tout pour développer notre passion? » La réponse mène loin car elle interroge sur le rôle de nos associations dont beaucoup de services sont en mutation. L'association doit repenser ses rôles et nuancer « exposer » et « concourir ».
 
II -COLLECTIONNER AUTREMENT :

Commençons par effleurer ce qui nous y oblige, je veux parler, pour reprendre une citation de Madame Françoise Eslinger, des " évolutions technologique, sociétale et réglementaire ".

Autant dire que ce sont des composantes inéluctables, que l'on ne pourra changer, mais qu'il faudra intégrer pour avoir un nouveau regard. Mais je suis conscient que c'est difficile, car nous sommes entravés par le poids des habitudes, nous sommes victimes de notre moyenne d'âge... Et pourtant, comme vous avez vu disparaître l'album mondial des années 1950, nous risquons de voir disparaître l'album à cases de France ... Succinctement, abordons les grands traits de ces trois évolutions, sans vouloir être exhaustif ...

 
L'évolution technologique

Elle revêt des aspects multiples et brutaux: c'est le recul de l'écrit, le recul du courrier, les bouleversements dans le traitement du courrier... etc... Et, face à tout cela, le timbre doit suivre. Il devient autocollant, parfumé, goûteux, à frotter, à gratter ... Et ne tirez pas à boulets rouges sur Phila@poste qui ne vous accable pas de toutes les turpitudes de l'évolution: le timbre à gratter avec une tombola c'est au Pays Bas et le timbre au chocolat, c'est en Suisse... Pourquoi toutes ces fantaisies?

Le timbre doit donner envie d'écrire! Ainsi, on voit apparaître des timbres qui ne permettent plus d'argumenter sur leur caractère de porteur de messages, de vecteur d'images patrimoniales, de créations artistiques. Ces timbres sont ceux qui sont définis désormais dans les deuxième et troisième marchés de Phila@poste. Bien sûr, l'Union Postale Universelle s'est donné pour mission de re-préciser la fonction exacte de ce qu'est un vrai timbre, mais permettez moi d'être dubitatif sur la portée de cette définition pour les collectionneurs. Je crains que beaucoup ne s'y retrouvent pas...

Et puis,quand on constate l'engouement féroce pour les LISA !... L'évolution des marques d'oblitérationm'apparaît d'ailleurs aussi lourde de conséquences pour sensibiliser à l'avenir le public à l'histoire postale.
 
L'évolution sociétale

Elle m'apparaît recouvrir des éléments aux effets contraires, parfois paradoxaux, mais tellement cataclysmiques qu'ils sont très difficiles à gérer... Une hausse sensible du niveau de vie, mais un recul du pouvoir d'achat contextuel. La diversité des loisirs qui se multiplient à l'infini, mais qui amènent donc à des choix raisonnés et critiques d'où des abandons impitoyables. Les timbres qui montraient les aspects de la vie d'un animal exotique ne font plus de poids face à quelque bonnes images vidéo !... Le progrès du grand face au petit : le timbre est bien petit face à un écran de home cinéma... Le recul du sens de l'approfondissement, de l'observation de l'image fixe.

Le déclin du sens de la lecture étroitement liée à la connaissance philatélique: on sait que, maintenant, les éditeurs de magazines pour passionnés rivalisent d'imagination pour vendre leurs revues en y adjoignant quantité d'objets aguicheurs. L'engouement pour le virtuel. A quoi bon acquérir des timbres réels puisque le CDROM Yvert et Tellier nous en fournit toutes leurs images sur écran. Le timbre c'est cher, ça prend de la place et ça peut s'abîmer...

Un monde où les centres d'intérêt foisonnent et où on perd le sens de l'intérêt pour ce que fait l'autre, se refermant égoïstement sur ses propres choix . Le changement de références dans les valeurs culturelles: je me remémore, avec le sourire, une réaction agacée de Monsieur Lormand, prédécesseur de Madame Eslinger dans les années 1990, « et puis quoi encore, ils ne vont pas non plus nous demander d'émettre des timbres sur le fromage ! »... Mais regardez bien vos albums, aujourd'hui camembert, cantal, roquefort, bientôt reblochon ...

Pour arrêter là cette morose énumération, je citerais avec enthousiasme le formidable engouement actuel pour les loisirs créatifs qui ont permis de voir revenir les classeurs de timbres dans des rayons d'hypermarchés, et qui fournissent une brèche dans laquelle il serait regrettable de ne pas s'engouffrer en développant une philatélie créative à la mode !
 
L'évolution réglementaire

Je serai très bref puisqu'elle se résume en quelques mots par la perte des monopoles postaux en Europe. En Allemagne, déjà, les postes privées ont compris que les séries de « timbres » à sujetthématique pourraient bien être une bonne aubaine: un catalogue en recenserait 600 !.. Il parait que les timbres des deuxièmes et troisièmes marchés de Phil@poste ne seront pas pour nous. Cela voudrait-il dire que vous allez jeter tous les plis que vous trouverez affranchis avec ces timbres?

En tous cas, le « circophile » que je suis piaffe d'impatience pour dénicher le timbre d'entreprise que Pinder se fera peut-être réaliser! Merci à Madame Eslinger pour ses explications sur l'organisation du marketing de Phil@poste, mais cela ne résout pas du tout le problème du positionnement des collectionneurs!
 
Alors, quelle est la solution ?

Imagination! Ouverture! Tolérance! J'ai même envie de crier « Liberté et passion! » A mon sens, ce qui existe ne doit pas disparaître, mais il faut assouplir les vues officielles. Il faut valoriser d'autres approches pour de nouveaux passionnés ou pour des anciens qui ont pris leurs distances parce qu'ils ne trouvent plus leur plaisir. Il faut établir beaucoup de tolérance, mais une vraie tolérance, un respect réel de toutes les approches du loisir philatélique et pas seulement une place dans le fond d'un couloir d'une annexe d'exposition. Il faut repenser les palmarès, l'attribution des grands prix, la géographie des salles d'exposition. Et je ne vous cache pas mon inquiétude quand on sait combien nos « minorités opprimées » ont du mal à être reconnues, qu'elles soient maximaphilie, philatélie polaire, astrophilatélie...

Il me semble qu'il faudra casser le cadre étroit et toujours très réducteur des classes que nos règlements prévoient. Il faudra développer une vraie classe ouverte, où le critère d'originalité et créativité est réellement observé. Il faudra réhabiliter les collections de sujet qui ont été évincées. Il faudra inventer des collections régionales, par exemple, au vu des nouvelles émissions qui se dessinent, de la prolifération des prêts-à-poster et du plaisir que l'on aura à revoir nos « bonnes vieilles flammes disparues ». Pour valoriser l'approche artistique, il faudra peut-être envisager des collections consacrées à l'oeuvre d'un graveur, par exemple, ....

Et puis des classes « liberté », une place pour les coups de coeur , une réelle possibilité de collectionner, de concevoir, de présenter, en laissant libre cours à la créativité, à l'émotionnel, aux moyens financiers, aux moyens intellectuels de chacun... Il me semblerait judicieux de s'éloigner des perpétuelles références aux sports pour la compétition car notre philatélie s'apparente plus à l'état d'esprit des prix littéraires ou artistiques et ne se mesure pas avec un chronomètre !

Ne vous laissez pas définir vos collections, ce sont des reflets de vos passions que ni les marchés définis par La Poste, ni les cases prévues dans un album, ni les numéros d'un catalogue ne peuvent guider. Dans un avenir très proche, vous ne pourrez plus gérer l'exhaustivité et vous serez écoeurés, alors, avant d'en arriver là, réagissez et inventez !

Soyez positifs et retrouvez le bonheur de la chine pour découvrir le timbre personnalisé ou le prêt à poster dont vous ignoriez l'existence et qui sera le bienvenu dans la collection personnelle que vous vous serez définie et qui ne ressemblera à nulle autre! N'est-ce pas plus épanouissant que de s'acheter les années complètes telles que les proposent les négociants? faites vous plaisir, et vivez votre passion!
 
EN GUISE DE CONCLUSION :
NOS ASSOCIATIONS, COMPROMIS OU RUPTURE ?
lesage_2.jpgL'enjeu, pour nos associations, est simple. Elles voient disparaître les collectionneurs « boucheurs de cases » abonnés des services nouveautés, de collectionneurs investisseurs qui ne les fréquentent plus , de collectionneurs grands érudits de philatélie qui s'en éloignent.

Il faut avoir la capacité d'innover face à un public potentiel pour lequel le timbre sort du quotidien. Il faut que nos dirigeants d'associations soient pleins d'énergie, tolérants, communicants et conseillers plus que conférenciers. Il faut que les jurés soient plus des conseillers techniques que des tribunaux d'inquisition.

Surtout, il faut y croire, et j'y crois. Si La Poste continue à investir des sommes colossales dans un Salon biennal, c'est bien parce qu'elle aussi y croit, mais avec des cibles et des approches différentes. Il faut se dire que le cinéma n'a pas tué le théâtre, que l'automobile n'a pas tué le cheval, mais que leurs places ne sont plus du tout les mêmes.

J'espère que vous ne m'en voudrez pas trop d'avoir utilisé le bulldozer au lieu de vous lancer des fleurs comme souvent dans les expositions auxquelles vous me conviez. Mais, si mes propos ont été parfois véhéments, c'est parce que je crois en ce que je vous ai dit.

Allez ne soyez plus grincheux, ne soyez plus censeurs soyez des marchands d'enthousiasme !

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